La pluie jaune



Auteur :Julio Llamazares
Pays :Espagne
Traducteur :Michèle Planel
Saison :2003/2004
Résumé :Au seuil de la mort, un homme achève l'expérience extrême de l'abandon. Pour conjurer la peur, il parle. Il raconte avec une grande pudeur et une douceur infinie, sa cruelle traversée. Il réveille dans ce village oublié des Pyrénées aragonaises, les visages disparus que la maladie, la vieillesse, la guerre mais surtout l'exode ont emportés jusqu'au dernier - lui. Il évoque sa résistance obstinée contre les forces obscures et implacables de la nature, contre les mensonges de la mémoire, les illusions du réel ou les exaltations de la folie. Ce chant âpre et fascinant - écrit dans une langue simple mais imagée, sensible, enveloppante, volontiers itérative au point de susciter ce sentiment étrange de déjà vécu - emporte celui qui écoute vers un point de vertige où s'évanouisent ensemble, dans la chute lente des feuilles de l'automne, l'éphémère et l'éternel.
Bio auteur :La première publication de Julio Llamazares date de 1979, son premier roman de 1985, soit dix ans après la mort de Franco. On serait donc tenté de ranger l’écrivain dans ce qu’on appelle en Espagne la nueva novela española si ce vocable ne recouvrait pas des amalgames abusifs dont les ressorts sont plus fondés sur des intérêts économiques et médiatiques que sur des critères strictement littéraires.
Il est par contre remarquable que, dans une Espagne qui ouvre grand les portes de la modernité, l’œuvre de Julio Llamazares cherche à comprendre son temps – où à le supporter selon ses propres mots – en faisant inlassablement retour sur le passé, selon des modalités qui font précisément l’originalité de son écriture.
Si l’on veut avoir la pleine dimension de cette œuvre, il est bon de connaître quelques éléments ou événements fondateurs de sa biographie.
Bien qu’il vive actuellement à Madrid (où il est journaliste), et en dépit de son goût du voyage, Julio Llamazares reste profondément attaché à sa province d’origine, le León. Il n’est certainement pas excessif de penser que, pour une part, son œuvre est vouée à sauver de l’oubli ses paysages, ses hommes et leur histoire. Presque tous ses livres s’y attachent, même si chacun affirme d’emblée qu’ils habitent un temps résolument révolu – aucune tentation chez lui ruraliste ou écologiste.
Julio Llamazares est né en 1955, d’un père instituteur, dans un petit village : Vegamián. Or il se trouve – fait singulier s’il n’est pas exceptionnel en Espagne – que ce village a aujourd’hui disparu sous les eaux d’un barrage. En 1983, pour des raisons techniques, le barrage est vidé. Rapporté par l’un de ses amis écrivains, José Carlón, lui aussi originaire du León, voici ce qui leur fut donné de voir :
« Soudain, dans le ventre vide du barrage, apparut le village de l’origine. On aurait dit les restes d’un grand navire englouti. Parmi les plaques de boue crevassée et au milieu d’un paysage lunaire, se dressait, comme dans une vision, le cadavre éparpillé de ce qui avait été un village, les moignons des maisons, avec encore leurs balcons de fer rouillé pendant aux orbites vides des fenêtres, les murs avec des bouts de charpente et de toits, le vieux clocher rogné de l’église et, dans cette fantasmagorie, le tracé des chemins vicinaux, le dédale des anciens sentiers, le dessin géométrique des champs où les vieux troncs des peupliers et des frênes, comme des arbres devenus fous, étaient toujours là, impavides, sur les berges de ce qui avait été autrefois une rivière. »
Cette vision – outre qu’elle donne lieu à un scénario (Retrato de bañista) – hante désormais l’imaginaire de Llamazares déjà profondément marqué par la disparition, l’effacement, la dépossession, thèmes présents dès sa première publication, le recueil de poèmes intitulé La Lenteur des bœufs.
Cette vision désolée de son village, Llamazares va la transposer dans La Pluie jaune, voyage sans retour vers le passé. La Pluie jaune est une sorte d’élégie, une lente mélopée où le narrateur, dernier habitant d’un village de montagne que l’exode a dépeuplé, soliloque et exprime son abandon avec l’accent doux-amer d’un lamento. Il se souvient d’abord des événements proches et violents puis il remonte le temps jusqu’à se laisser lui-même recouvrir par l’oubli.
Ce parcours halluciné, Llamazares le veut pourtant très ancré dans la réalité. Ainielle existe, écrit-il en exergue. Et il aime à le souligner : la fiction et la réalité sont chez lui étroitement imbriquées. Ses livres portent toujours la trace d’une trame réelle.




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