Le gouverneur des dés



Auteur :Rapaël Confiant
Pays :Caraïbes
Traducteur :Gerry l'Etang
Saison :2010/2011
Résumé :Chaque ouvrage de Raphaël Confiant a ceci de particulier qu'il ne nous réserve aucune surprise et que le sujet est à chaque fois nouveau. Nulle surprise : nous sommes en Martinique, avec le « quimbois », la magie des Antilles, la canne à sucre, les flamboyants, les békés régnant sur de grandes plantations, les mulâtres de la petite bourgeoisie, le peuple pauvre des Noirs et des Indiens. Mais, tantôt en créole, tantôt en français, l'histoire trouve son originalité dans les faits habituels de la vie quotidienne qui, peu à peu, prennent une ampleur touchant au plus grave, au plus universel.

Ainsi de la vie de Rosalien Saint-Victor, un « major », ce qui, « dans la parlure des îles », définit un matamore, le « fier-à-bras » que tout le monde respecte. Sans doute serait-il un travailleur des champs s'il n'était devenu joueur de dés professionnel, s'il ne parcourait l'île, d'un gallodrome à l'autre, pour imposer la valeur combative de ses coqs. Aisé, ce « nègre [possédant] la plus grande portion de glèbe du morne » a taureaux et moutons, une femme légitime, trois concubines, un grand nombre d'enfants essaimés un peu partout. Jusque-là, nous restons dans l'ambiance habituelle qu'évoque avec précision un style à la fois riche et familier, sans abus de facilités de vocabulaire et de scènes folkloriques. Soit un bon roman.
Mais il y a davantage. Dans les aventures amoureuses de Rosalien, ses problèmes de coqueleur, de lanceur de dés, de propriétaire terrien, le drame surgit. Charles, son fils aîné, aime Adelise, une compagne de cours. Amour, réussite dans ses études, tout se conjugue pour le bonheur du jeune garçon. Bonheur bref. Ayant appris qu'Adelise, fille de Rosalien, est sa demi-soeur, Charles disparaît. On le recherche, on le retrouve, pendu.

La tragédie donne donc au récit un intérêt qui ne relève pas seulement du pittoresque. Mais Raphaël Confiant va plus loin. Sans rien perdre de ses dons de narrateur, c'est sur l'évolution d'une société qu'il attire notre attention. Ce suicide d'adolescent est plus qu'un épisode dramatique d'amours enfantines. Se donner la mort n'est pas dans la tradition créole, et le romancier attribue au suicide de son personnage valeur de métaphore. Celle de l'« irruption brutale de l'ailleurs » dans un univers qui ne s'en protège plus et s'en trouve désorienté. La modernité s'y introduit, « pas toujours pour le meilleur », mêlée à des usages du « temps de l'antan, quand le diable était encore enfant ». Et, avant d'enterrer son fils, Rosalien avoue : « Chaque fois que j'arrive à une croisée de chemins, je ne sais lequel prendre.» PIERRE-ROBERT LECLERCQ
Bio auteur :Diplômé de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, il fait ses études supérieures à l'université d'Aix-en-Provence.
Écrivain reconnu tant en créole qu'en français, il écrit dans les deux langues. Il est actuellement maître de conférence à l'université des Antilles et de la Guyane.
Militant de la cause créole dès les années 1970, il participe avec Jean Bernabé et Patrick Chamoiseau à la création du mouvement de la créolité. Il est aujourd'hui membre du comité directeur du mouvement Bâtir le pays Martinique.
Il se fait remarquer fin 2006 en publiant des textes dans lesquels évoque le rapprochement opéré par Dieudonné en direction de Jean-Marie Le Pen, et désigne les Juifs comme « innommables » puisque, dit-il, il est interdit de les nommer sous peine de tomber sous le coup de la loi.
Proche du mouvement des Indigènes de la République, il soutient en 2008 leur appel à la Marche décoloniale du 8 mai et appelle en janvier 2009 les « différents gouvernements à rompre sans délai toute relation diplomatique avec l’entité sioniste » suite à la guerre de Gaza de 2008-2009

Il s'illustre après un référendum en Martinique (10 janvier 2010) en signant un pamphlet contre les électeurs ayant rejeté à une large majorité (80 %) une évolution institutionnelle conduisant à plus d'autonomie.

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