Etranges Lectures

















Ladislav FUKS, "Monsieur Mundstock, le porteur d'étoile"

(Titre original : Pan Theodor Mundstock)
Trad. du tchèque par Barthélémy Müller,
L’Engouletemps, 2004

Prague, 1942.
Pour tous les Juifs de la ville, l’inéluctable frappe à la porte.

Monsieur Mundstock, petit employé solitaire, voit peu à peu l’univers se rétrécir autour de lui.
Alors que beaucoup disparaissent déjà, que certains s’accrochent au moindre présage, que d’autres ne voient d’issue que dans le suicide, Monsieur Mundstock compatit, Monsieur Mundstock parle à son ombre, Monsieur Mundstock lutte contre sa frayeur.

Chaque jour, Monsieur Mundstock attend.
Il attend et redoute cette lettre qui l’enverra « quelque part là-bas », où beaucoup sont déjà partis.
Et Monsieur Mundstock, avec méthode, avec rigueur, se prépare.
Monsieur Mundstock garde son calme.
Car Monsieur Mundstock a toujours été un homme pratique, censé, logique.
Et c’est en homme logique, censé, pratique, en homme « qui a une méthode pour tout » que Monsieur Mundstock surmonte, jour après jour, corvées, épreuves, avanies, brimades.

Et un jour en effet,  Monsieur Mundstock se met à croire à son étoile. Se prend à espérer que grâce à sa méthode, il passera au travers.
Car « en fin de compte qui résiste au camp de concentration ? Celui qui (précisément) procède avec méthode, avec esprit pratique, celui qui se prépare en conséquence, à la perfection, systématiquement ».

Roman hallucinant, modeste, méthodique et délirant comme son héros, Monsieur Mundstock,  le porteur d’étoile est une fable angoissante, mais aussi fascinante de drôlerie.

Ladislav Fuks, écrivain tchèque, né et mort à Prague (1924-1993), dont on ne connaît qu’un autre roman traduit en France, tout aussi grinçant (•), est le digne héritier de ses illustres aînés pragois Kafka, Hašek, Čapek, Perutz, et de ses quelques contemporains marquants Hrabal, Škvoreckỳ et Havel.
Tous ces maîtres qui ont mis l’absurde, le dérisoire, l’humiliation, la compassion, en somme toute la question de la dignité humaine, au cœur de la littérature.

(•) L’incinérateur de cadavres, Monsieur Kopfrkingl, également traduit par Barthélémy Müller, a été publié aux éditions L’Engouletemps, à Woippy (Belgique) en 2004. Ce dernier livre, paru en 1967 en Tchécoslovaquie, a fait l’objet d’une adaptation au cinéma en 1968 par Juraj Herz .

Pour en savoir plus sur Ladislav FUKS (article en anglais) 

 

 

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