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Ladislav FUKS, "Monsieur Mundstock, le porteur d'étoile"
(Titre original : Pan Theodor Mundstock)
Trad. du tchèque par Barthélémy Müller,
L’Engouletemps, 2004
Prague, 1942.
Pour tous les Juifs de la ville, l’inéluctable frappe à la porte.
Monsieur Mundstock, petit employé solitaire, voit peu à peu l’univers se rétrécir autour de lui.
Alors que beaucoup disparaissent déjà, que certains s’accrochent au moindre présage, que d’autres ne voient d’issue que dans le suicide, Monsieur Mundstock compatit, Monsieur Mundstock parle à son ombre, Monsieur Mundstock lutte contre sa frayeur.
Chaque jour, Monsieur Mundstock attend.
Il attend et redoute cette lettre qui l’enverra « quelque part là-bas », où beaucoup sont déjà partis.
Et Monsieur Mundstock, avec méthode, avec rigueur, se prépare.
Monsieur Mundstock garde son calme.
Car Monsieur Mundstock a toujours été un homme pratique, censé, logique.
Et c’est en homme logique, censé, pratique, en homme « qui a une méthode pour tout » que Monsieur Mundstock surmonte, jour après jour, corvées, épreuves, avanies, brimades.
Leo PERUTZ, "Le cavalier suédois"
Trad. de l’allemand par Martine Keyser (titre original : Der Schwedishe Reiter, 1936) éd. Seghers, 1983, Phébus,
1987, 10/18, 1988 et Phébus-Libretto, 1999
« …Ouvrez un de ses livres, et vous sentirez la forte odeur
de la poudre et du soufre »
Aux confins de l’Europe centrale, sur les frontières de l’ancien empire germanique, entre Silésie, Bohême et Pologne, à une époque (le début du XVIIIe siècle) marquée par la guerre, les dévastations et les pillages, sur une terre de désespoir et de misère, livrée aux ravages des armées, aux brigandages et à la famine, un voleur aux abois, un réprouvé perdu au milieu de nulle part, grâce à un hasard ambigu, choisit de changer de peau, de prendre la place d’un autre.
Sous le masque du « Cavalier suédois », il vivra la vie de cet autre ; à sa place, aura droit à quelques années de bonheur, mais vivra sans cesse dans l’attente d’être découvert, dans la certitude que de toutes façons, le destin le rattrapera.
Cette fable nous raconte donc « l’aventure d’un homme qui joue avec audace et talent les meilleures cartes de l’existence… et qui perd ».
Orhan PAMUK, "Mon nom est Rouge"

Traduit du turc par Gilles Authier, Gallimard, 2001
(Folio ; 3840)
Nous sommes à Istanboul en 1591.
Istanboul sous la neige, dans la brume, parcouru de silhouettes sans nom, de voix sans visages.
A leur suite, on glisse dans le dédale des venelles sombres.
On se faufile dans les cabarets bondés et bruyants, dans les alcôves, les échoppes, les ateliers. On chuchote, on intrigue derrière les cloisons.
On se laisse attirer dans les jardins, les cimetières, les terrains vagues.
L’ombre du Sultan plane sur la ville, ottomane depuis 138 ans.
… Et du fonds d’un puits, un cadavre parle, dénonce, accuse…
Pour asseoir sa puissance et sa gloire aux yeux du monde, Murhat III, fils de Mehmet, petit-fils du grand Soliman, a commandé à quelques peintres et enlumineurs attachés à sa cour un livre qui par sa splendeur, doit marquer son règne, impressionner les puissances d’Occident.
Ce chef-d’œuvre devra être à même de rivaliser avec les plus belles productions de Venise. Dans la confrérie des artistes, ce livre devient l’enjeu d’un affrontement … mortel.
Deux clans s’opposent.
W.G. SEBALD, "Les émigrants"
Trad. de l’allemand par Patrick Charbonneau,
(Titre original : "Die Ausgewanderten")
Actes Sud, 1999, Babel, 2000
Qu’est-ce que l’exil ?
Quelle est la réalité profonde de cette expérience ?
Quelles conséquences, quels désastres secrets,
quelle destruction intérieure provoque-t-elle chez ceux qui la subissent ?
Etroitement liée à l’histoire européenne et aux grandes catastrophes du XXe siècle, cette interrogation (quête obstinée et pleine d’empathie des séquelles d’un malheur intime chez des êtres que l’histoire moderne a broyés), c’est celle qui traverse toute l’œuvre de W.G. Sebald.
Une œuvre tardive, écrite pour l’essentiel en une dizaine d’années (entre 1990 et 2001 – l’année de sa mort accidentelle) par un intellectuel allemand, né le 18 mai 1944, lui-même émigré dès l’âge adulte, d’abord en Suisse puis en Angleterre, et qui se considérait lui-même comme un pur « produit du fascisme ».
Andrzej STASIUK, "Sur la route de Babadag"
Trad. du polonais par Malgorzata Maliszewska, éd. Bourgois, 2007.
Babadag (Roumanie).
Point minuscule sur la carte. Bout du monde.
Trou perdu au fond du delta du Danube, cul-de-sac.
Magie de ces noms inconnus lus sur une vieille carte, perdus dans le paysage,
absents des panneaux indicateurs et des pancartes, et retrouvés par miracle
après maints détours, déviations, et retours sur ses pas.
Au temps du Rideau de fer, à une époque où l’Europe était coupée en deux, à l’orée des années 70, Andrzej Staziuk, étudiant à Varsovie, était un jeune citadin, qui comme beaucoup d’autres, avait soif d’ailleurs et d’errance.
Mais l’Ouest et ses lumières (Paris, Londres, New York…) étaient hors d’atteinte.
Tournant le dos à l’Oder, il prit son sac à dos, se dirigea vers la gare routière, monta dans le premier bus.
Et à l’Est toutes, « avec entêtement et par détours ».