Etranges Lectures












Maryla Laurent présente Trans-Atlantique

        En août 1939, Witold Gombrowicz (1904-1969) part pour une longue croisière. Il débarque loin de l’Europe, en Argentine. Il a 35 ans, il ne reviendra plus jamais en Pologne où il a publié un recueil de nouvelles et un roman Ferdydurke qui l’y ont rendu célèbre.
        Trans-Atlantique (1953)  est un roman, mais qui raconte aussi les premières heures de cet exil, sorte de marginalisation volontaire dans laquelle Milan Kundera voyait trois refus. «Le  refus de la soumission à l’engagement politique parce que le principe de l’art engagé lui répugnait. Le refus de la tradition polonaise (selon lui, on peut faire quelque chose de valable pour la Pologne seulement en s’opposant à la « polonité », en secouant son pesant héritage romantique). Le refus, enfin, du  modernisme stérile, « déloyal envers la réalité »,  snob, absorbé par son auto-théorisation ».

 

          Le roman Trans-Atlantique explore le psychisme de l’immigrant dont le pays est submergé par les armées d’occupation. Il nous livre un regard particulier sur la vie de Buenos Aires, la vie culturelle (et Gombrowicz ne manque pas d’éreinter cruellement JL Borgès et les « parisianismes »), mais aussi les bas-fonds et leur truculence haute en couleur. Mais comme toujours chez cet immense auteur, le réalisme n’est que d’apparence.
         Dans Trans-Atlantique, le grotesque et le fantastique interviennent rapidement pour susciter une réflexion sur ce qu’est un être humain dans son combat avec les stéréotypes. Il y a aussi un vrai plaisir de lecture lorsque le romancier transforme, selon ses propres termes, son « malheur ou celui de la moitié du monde en un pont vers une jouissance amère, maudite. »

Maryla Laurent

Conception : Ligue 24 Multimédia - Site propulsé par Joomla! logiciel libre sous licence GNU/GPL