Petite introduction à "La mort d'Ivan Illitch" par Isabelle Poulin
La Mort d’Ivan Illitch (1886), Léon Tolstoï
Traduit une première fois par Boris de Schloezer, inlassable passeur des écrivains russes au début du XXe siècle, retraduit tout récemment par Françoise Flamant (Gallimard, Folio, 1997), La Mort d’Ivan Illitch est « le récit de la mort ordinaire d’un homme ordinaire » selon les propres termes de l’auteur.
Peut-on raconter la mort ? Pour bien des lecteurs de Tolstoï, le scandale de la mort, et la conscience précoce qu’il avait de la pourriture (gadko : le répugnant, le sentiment que ça pue, que ça pourrit), l’incitèrent à prendre pré-texte de la mort, pour célébrer la vie, pour dénoncer les petits arrangements hypocrites et mortifères dont s’accommodent les vivants.
« Finie la mort ! se dit Ivan Illitch » au moment du trépas, à la toute fin du livre. « Elle n’est plus ».
La lecture semble aisée. A quelques nuances près :
« C’est fini la mort, se dit-il. Il n’y a plus de mort ».
Ce qui n’est plus, n’est plus au féminin (LA mort) dans la version française de Françoise Flamant. Et d’écarts en écarts de traduction s’impose la sensation d’un récit aux prises précisément avec la difficulté à penser et à se représenter la mort, sans artifice, sans allégories. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles on a pu dire de ce récit qu’il était « un prélude au modernisme ».
Isabelle Poulin