Présentation du "Retour au pays bien aimé" par Alain Ricard
Traduit récemment de l'afrikaans, ce roman de Karel Schoeman a été publié en 1972, en pleine période de l'apartheid. Mais à la différence des textes de Brink ou de Nadine Gordimer , qui nous parlent des milieux urbains, souvent opposés à l'apartheid et qui ont de ce fait connu un succès immédiat mérité en Europe et en Amérique , le texte de Schoeman nous raconte la vie dans une ferme isolée. C'est là revenir aux sources du récit des Blancs de l'Afrique : le premier roman sud africain est celui d'Olive Schreiner , An African Farm ( 1885, en français, La nuit africaine ...), suivi par toute une tradition de romans en afrikaans, celle du "plaas" roman (roman rural, selon un terme de Coetzee) , nous peint la dure vie dans le « veld », la cambrousse.
Mais ici le monde a changé: une angoisse diffuse parcourt ce texte : nous ne savons pas ce qui s'est passé, nous sommes en Afrique du sud, mais l'Afrique est peu présente directement. Le livre nous permet ainsi de comprendre les angoisses, mais aussi les rêves, de la population blanche de paysans boers, ces Afrikaners, qui ont aussi été libérés, par la " révolution " de 1994. Les problèmes n'ont pas été résolus du jour au lendemain , mais le monde a changé, et ce roman nous fait percevoir que l'impasse historique dans laquelle les Afrikaners s'étaient engagés, était depuis longtemps sensible et créait une situation tragique, rarement aussi simplement et efficacement décrite de l'intérieur de cette communauté, que dans ce petit texte.